La Vie en dansant et l'Amour extrême
 

André VELTER, Le Haut-Pays, poème, éditions Gallimard, 1995.

C

onstitué de cinq parties dont trois s’intitulent à l’identique « Une fresque peinte sur le vide », ce fort recueil de 147 pages, au bandeau magique « LE POÈME DU TIBET ET DE L’HIMALAYA », constitue un livre exigeant qui donne à partager un accomplissement. André Velter propose en effet un art de vivre : « chaque matin signer la paix », devenir un « Feu / Sans flamme / Ni cendre », en sorte que le livre apparaît tel un « Lointain pèlerinage / Vers l’arc-en-ciel / Intérieur ». Le tout est « d’aller où l’on ne s’attend pas » – « Dans ce pays sans au-delà » – « À la pointe de l’âme » comme il le souligne lui-même.

En partant peut-être de ce constat : « Il y a de l’altitude et du vide en nous » et sans cacher (mais sans insister) que « Les temps qui courent / Fomentent trop de meurtres », André Velter cherche et trouve un point de passage, qui est aussi un point d’incertitude en sorte que son affirmation rayonne de continuer à trembler, « l’absence est une apparition ». Qu’on ne s’y trompe pas, « L’issue est dans l’ici / Il suffit d’un rien pour défaire un monde ». Mais pour sa part, il peut écrire :

                                   Je ne suis plus de ceux
                                   Qui se dévorent eux-mêmes
                                   J’appartiens
                                   Au simple mouvement

« L’homme, n’est-ce pas, n’est qu’un excès de matière solaire, avec une ombre de libre arbitre comme dard » écrit-il encore dans une page dédiée à René Char. Le Haut-Pays, sur cette voie, tel un rocher hors d’atteinte et pourtant sous les lèvres – « Il n’avait d’yeux que pour les dieux » –, redit, non sans une fulgurance certaine de l’humilité, « un appel toujours plus vaste / de la divine absence ».

Ce poème de la métamorphose, en usant d’un « lyrisme aride », offre la douce rigueur d’une extase en même temps qu’un art poétique innerve le recueil entier ; il conduit par exemple à cette définition : « Chant secret d’une voix qui écoute, la poésie vit d’une aventureuse nécessité » ; il suggère sans doute « un rapt d’images / Un cri asséché / Au bord des lèvres » ; en tout cas il demeure pleinement au service de la quête d’André Velter et de chacun de nous : « Apprendre lentement cette courtoisie profonde qui sait éclairer un visage de l’intérieur... »

Le Haut-Pays lève la lumière et vivre s’allège à ce grand poème.

Pierre Perrin [Note parue dans La Bartavelle, novembre 1995]

 
 
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