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out poète digne de ce nom exige
dabord de son lecteur quil apprenne sa langue. Non pas
que celle de Jean-Max Tixier présente des difficultés
au contraire, lextrême pureté la caractérise
, mais justement lépoque est à lesbroufe.
Cest ce décalage qui demande quon retrouve la
posture des vrais lecteurs. « Ferme les yeux. Écoute
de toute la force de ton espoir. » Comme le recueil atteint
presque les deux cents pages, leffort en vaut la peine. Ce
sont des poèmes écrits entre 1993 et 2002. La prose
lapidaire côtoie le vers libre. Celui-ci, minoritaire, tantôt
porte le chant, tantôt létrangle. Cela donne
par exemple : « Tu moules la glaise // Le temps
se creuse. » Cest quil y a toujours « Une
boule dabsence / à pétrir ».
La poésie est la parole dun homme à la terre. Le
constat, chez Tixier, est sans conteste qui stigmatise notre époque
de la sorte : « Rien ne porte plus lhomme / au-delà
du désir. » Quon naille pas croire cependant
à de la poésie engagée. À dautres la
démagogie ! Les droits de lhomme excitent les plus
beaux esprits. Mais les plus beaux esprits tolèrent aujourdhui
le mur de la honte quIsraël édifie dans les territoires
occupés. Tixier sur ce terrain se risque moins quOrizet,
dont il est un proche. Chez les deux poètes, une même
méthode est à luvre. Cest une recherche qui
prédomine. Ils disent ce quils font et comment ils le trouvent.
Lenjeu est déternité, du moins « dune
aventure digne de durer ». Ce qui les meut, cest la
soif. « Il suffit à mon pied de fouler lincertain »,
écrit Tixier.
Le poème chez lui forme encore un ensemble. Un titre rassemble
une brève série. Il semble que ce fragment parfaitement
clos sur ses grandes marges fasse un excellent art poétique :
« Ne parle pas de frères si tu nas pas de frère.
Si ton cur na pas battu, ne parle pas damour. Ni du poème
si les mots tombent de ta bouche sans sunir. Naccepte pas le quotidien
dune langue alourdie dhabitudes. Remonte du puits creusé
dans le roc, main saignante, une goutte de jour arrachée
à la terre. » On le voit, la morale est à
luvre, lexigence la confirme. Et lavenir est attendu, leffort
récompensé.
Pierre
Perrin, revue Friches n° 85, février 2004
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