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Jude STÉFAN, Variété VI, éd. Le temps qu’il fait,
1995.
e beau petit livre de 184 pages, constitué d’entretiens,
de lettres, de notes et autres, agace comme agace un citron sous la dent.
Car un lettré pétille dans ces pages et nombre de ses vues
emportent l’adhésion : « on n’apprend que
par soi-même » ; « un choix implique toujours
de ne pas regretter ce qu’on a dédaigné, volontairement
ou non. » Remarques nettes, carrées, indiscutables.
Mais devant d’autres, plus vindicatives, des contradictions tout
aussitôt s’élèvent. Par exemple Stéfan
assassine le dialogue ; « on ne peut se parler que dans le
silence – d’où l’amour » ; or il publie
huit « entretiens » pour ouvrir ce volume. Plus
sérieusement il écrit, pour reprendre ses termes, haut et fort qu’il vise à
l’intemporel, tandis qu’il ne cesse de revendiquer « l’avant-garde
à laquelle j’ai dû appartenir, la belle époque […] ».
Il cite Julien Gracq, pour l’excellence du choix de son pseudonyme
et non pas pour celle de La Littérature à l’estomac,
qui mettrait à mal cette haine qu’il professe pour la poésie
des années 80, dans la droite ligne d’Éluard, où
Stéfan voit renaître « un lyrisme décati,
des religiosités, les vers mous, le racontar subjectif, le chant
anhistotique, la tombée dans les mots disjoints, ou la logomachie
biblico-verbale, la “poésie” des champs et des enfants.
“Ça veut dire!” »… Voilà donc
les vaticinations – hautes en couleurs – d’un atrabilaire
des Lettres qui rappelle au passage le mot de Sartre selon lequel « la
médiocrité est motivée par le ressentiment ».
Ce dernier, telle une autoraillerie, court à travers le livre – agaçant, comme tout ce qui
vit.
Pierre Perrin, La Bartavelle
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