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atherine de Médicis, dixième ouvrage de Jean-François
Solnon, est un livre de réhabilitation. L’auteur a notamment
examiné par le menu les dix tomes de la Correspondance de la reine.
La subtilité de sa lecture, qui ne néglige rien, y compris l’ombre
d’une interception toujours redoutée, la clarté de la réflexion,
la force des évidences, la constante attente de lecture qui incite
le lecteur à parcourir cette existence au pas de charge un pas
soulevé de constants bonheurs d’écriture , tout accrédite la nécessité
et la grandeur de ce livre.
La Florentine avait laissé dans la mémoire des Français une incarnation
de Machiavel en jupon. C’est qu’elle a gouverné par procuration,
« non en lionne, mais en renarde », précise Solnon, qui en rappelle
les raisons : la platitude du Trésor ligote le pouvoir ; l’exacerbation
des passions religieuses entretient la rébellion. Huit guerres de
religion secouent la France de 1560 (Catherine est, depuis quelques
mois, veuve de son unique amour et mari) à 1598. Or, trente ans
durant, elle va tout tenter en faveur de la paix. Tout atteste les
efforts déployés dans ce sens. D’ailleurs, de toutes nos reines,
combien ont habité leur nom, qui plus est : leur nom de jeune fille
? La veuve n’est pas restée seconde. Au-delà de ses temps de régence,
elle est devenue, ainsi que son fils Henri III l’a désignée pour
mieux l’éloigner à la porte de la mort, « la mère de l’État ».
Non content de réévaluer une politique, de remettre en mémoire
une époque troublée, ce livre dresse aussi un magnifique portrait.
Née presque orpheline, celle qui n’eut pas le privilège de la beauté
a dû tout conquérir. Elle a déployé plus que de la patience, une
ténacité de fille, de femme, de mère, de régente, de ministre plénipotentiaire.
À chaque entreprise, il lui fallait tout remettre sur le métier.
Un tour de France, pour pacifier les villes, dure deux ans. Il n’est
pas achevé que la guerre est déjà rallumée. Pourtant cette reine
avait l’art de la négociation, les yeux dans les yeux qui savent
percer l’autre, avec toujours au moins deux fers au feu. Elle a
acquis le sens de la France. Elle s’est fait l’apôtre de la tolérance,
en un temps de factieux. La nuit de la saint Barthélemy en témoigne.
Le plaidoyer mobilise la force des évidences. Par exemple, si,
sous prétexte de se maintenir au pouvoir, elle avait diaboliquement
encouragé les meurtres des deux bords, sa mort, écrit Jean-François
Solnon, les eût fait cesser. Or l’Édit de Nantes ne sera signé que
neuf ans plus tard ! Par ailleurs, si tout le monde identifie sans
peine Catherine Médicis, c’est que cette femme fut un roi. Charles
IX préférait la chasse et des accès de mysticisme faisaient se prosterner
Henri III. Pour cette mère mal récompensée, l’action fut une raison
de vivre. Mais elle a eu aussi le sens de l’art, du portrait et
de l’architecture, quand même elle a préféré, pour ses réceptions,
le comique, presque le vaudeville avant l’heure. Montaigne le confirme,
dans ses Essais, livre III, chapitre 6, quand il évoque à
son propos : sa « liberalité naturelle et munificence, si ses
moyens suffisaient à son affection ».
La narration enchante par la grande pudeur avec laquelle l’auteur
multiplie ses pointes. Chez ce fin analyste de l’exercice du pouvoir,
tout semble transparent, les dessous et les revers, la face à ne
pas perdre et les pertes auxquelles il faut bien faire face. On
est de plain pied dans l’histoire, comme un enfant dans son bain.
On est à la Renaissance. Et, sous cette plume limpide, hier se révèle
presque plus vrai que demain. Demain reconduit les mêmes fautes,
la même impuissante grandeur. Bref, c’est à un plaisir certain,
relevé du soin apporté à l’édition, que convie Jean-François Solnon.
S’il est des livres d’excellence, celui-ci en fait partie.
Pierre
Perrin, La Nouvelle Revue française n° 569, avril
2004
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