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Jean ROUSSELOT, Passible de…, éditions Autres Temps.
ean Rousselot a tant écrit. Il a sans doute trop publié.
Il doit bien exister peut-être mille articles sur son œuvre.
Voilà trente ans, paraissait le meilleur. Dans l’admirable
préface à Hors d’eau, Georges Mounin a tout dit du talent du poète
et de l’homme. On ne peut que répéter des évidences
du même ordre. Pour ce qui est du reproche de trop publier, Rousselot
s’en moque. Il insère par exemple dans un poème de
Passible de… : « sujet déjà traité qu’on m’en
excuse ». C’est un détail. Il en est d’autres
qu’il ne souligne pas, mais auxquels il ne résiste pas. Il
semble bien en effet que le cinquième poème de la première
partie ne soit qu’un autre état de celui qui, dans la deuxième
partie du recueil, s’intitule “Clé perdue”. Les
trois premiers vers de la seconde strophe sont au reste identiques. Ces
deux versions, à vingt-cinq pages de distance, s’avèrent-elles
indispensables ? Ou bien Rousselot, qui a déjà façonné
deux choix successifs de ses poèmes, Les Moyens d’existence jusqu’à 1974, chez Seghers,
et de 1975 à 1996 Poèmes choisis, chez Rougerie, considère-t-il qu’il
faut tout donner ? Le temps se chargerait d’écrémer.
Le regard qu’il porte sur ce qu’il écrit plus que jamais
est à l’image de son automne. C’est toujours intelligent,
agile, mais c’est d’un noir de seiche. Il perce à jour
« la vanité du vide et du silence ». Il parle «
d’avoir vécu en vain ». Il peine à concevoir
que « Mourir est donc tout à fait / Nécessaire ».
Il consigne « l’échec final de l’écriture
». Il y a quelque chose de pathétique à le voir dédier
non pas un mais quatre poèmes à François Huglo qui
lui a consacré, à partir de quelques articles, une petite
étude au Dé bleu. C’est donc un recueil noir et rouge,
en ce qu’il brasse le sang, la révolte et le désespoir
qu’apporte à 86 ans Jean Rousselot. L’émotion
le saisit encore. Le plus souvent il construit son poème à
partir d’une idée. Il la gratte jusqu’à l’os.
Il est rare qu’elle ne s’éclaire pas. En même
temps il l’ancre comme il l’a toujours fait dans le concret,
voire dans le trivial. Cependant une formule fuse. Les questions sans
réponse / Sont le propre de l’homme. Rousselot reste celui qui ne cesse pas de
les poser. Il dit mieux que moi La persévérance douloureuse
/ Dans la plus lucide erreur de langage.
PIERRE PERRIN, Poésie 1/Vagabondages
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