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Yves Ravey, Le Drap, éditions de Minuit, 80 pages, 8 €
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i vous doutez que la littérature est veuve de Dieu, lisez Ravey. Si lécrivain sagenouille encore, cest devant le degré zéro de la transcendance. Le Drap, en effet, forme un livre blanc. Il est près de dématérialiser la matière. Littérairement parlant, la langue est réduite à sa plus simple expression, limage interdite. Cest donc presque cliniquement que le narrateur, un certain Lindbergh, narre les six derniers mois de son père, ouvrier dusine. Une vocation contrariée, un mariage noir, une vie étriquée non sans aigreur, voilà tout. Pourtant, ce livre sec ne laisse pas indemne. En choisissant cette modernité à ras de terre, Ravey témoigne de lhumaine condition. Naturellement sans grade, lhomme se dégrade encore. La poussière reste, dans cet esprit, le corps même du vivant.
Pierre Perrin, Pays comtois n° 50 septembre-octobre 2003