Yves Ravey, Le Drap, éditions de Minuit, 80 pages, 8 €
— prix Marcel Aymé 2004

S

i vous doutez que la littérature est veuve de Dieu, lisez Ravey. Si l’écrivain s’agenouille encore, c’est devant le degré zéro de la transcendance. Le Drap, en effet, forme un livre blanc. Il est près de dématérialiser la matière. Littérairement parlant, la langue est réduite à sa plus simple expression, l’image interdite. C’est donc presque cliniquement que le narrateur, un certain Lindbergh, narre les six derniers mois de son père, ouvrier d’usine. Une vocation contrariée, un mariage noir, une vie étriquée non sans aigreur, voilà tout. Pourtant, ce livre sec ne laisse pas indemne. En choisissant cette modernité à ras de terre, Ravey témoigne de l’humaine condition. Naturellement sans grade, l’homme se dégrade encore. La poussière reste, dans cet esprit, le corps même du vivant.

Pierre Perrin, Pays comtois n° 50 – septembre-octobre 2003