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oute armée doccupation sécrète
son terrorisme et exécute, pour son propre compte,
des attentats ciblés. Nous le voyons chaque jour. Et
nous entendons chaque jour combien limbécillité
fait la courte échelle à la perversion. Les
magiciens de la haine féconde ont beau jeu dignorer
Adorno. Son mot fume encore et Pérol le reprend en
aparté, courageusement. Il écrit, sur le point
de clore ce beau recueil : « La poésie
nest pas hantée par la beauté / mais par
le mystère de son massacre. » Et encore
ce mystère est-il aussitôt cerné par Pérol :
cest la violence dont « les haineux de la
vie ne se lassent jamais ». La culture,
au champ désormais sans borne et tellement inculte
que nos beaux esprits, parlant de lart, précisent
cultivée [Des racines et des ailes à
Lille, 14 avril], na jamais offert que des ravissements.
Les rapts sont dun autre ordre. Les camps hitlériens
nont pas cessé sous Staline. Et ceux-là
même qui en ont réchappé remploient le
même mot pour la Palestine. Mais ce sujet brûlant
nest quune pépite du recueil de Jean Pérol.
Cinq autres parties, chacune plus nourrie, composent en effet
À part et passager. Cest le quinzième
recueil de ce poète insoumis, né en 1932 près
de Lyon, venu dUn puissant été
mémorable, roman (chez Gallimard) denfant
du peuple dans la guerre. Pérol, cest dabord
un rythme sans pareil, sans faille, sans illusion non plus.
Cest le mot juste en rafale, la forme et la formule,
donc la perfection à bout portant. Outre la haine,
déjà épinglée, la bêtise,
sa voisine, est cinglée. « Époque,
écrit Pérol, exposant le Q.I. de son cul
»
Le nouvel Icare fait un nouveau Q.I.-Q.I. Cest dans
la logique absolue du progrès que Pérol corrige
ainsi : « Les joyeux parlent comme des ânes
/ les tristes se trompent tout le temps. »
À côté de coups de patte amplement mérités
par ces écervelés que nous sommes (jusque dans
lisoloir), Pérol chante la femme et son plaisir,
ce quelle donne en seffaçant, ce quelle
efface en se donnant, et combien elle nous abîme parfois
avec le leurre de la complétude. La poésie amoureuse
de Pérol a toujours laccent de la vérité.
Il émane delle une émotion et une réflexion
à la fois, ce qui est le propre de la poésie.
Cette émotion crépusculaire désormais
rejoint parfois Villon, dans la simplicité. Ainsi,
ces deux vers qui disent ce que disent tous les humains de
tous les siècles : « Adieu à
tous adieu et pas de mots amers / priant pour
que de moi au moins un se souvienne. » Ce recueil
est donc à conserver afin de le méditer sans
fin et sans aucune restriction.
Pierre
Perrin, Poésie 1/Vagabondages n°
38 [juin 2004]
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