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Gérard NOIRET, Polyptyque de la dame à la glycine, Actes Sud.
ous-titré roman – simplement, plutôt que gothique,
qui ferait trop élancé – ce septième recueil
de Gérard Noiret propose, plus qu’un tableau articulé
entre sa prédelle et son pinacle, un tombeau, un temple, un panthéon
pour une anonyme. La composition de l’ouvrage occupe, à première
vue, une place majeure ; elle est au reste reprise, redessinée
sous la forme du tableau lui-même, à la Table. Si l’on
n’y réfléchit guère, quand Noiret au contraire
est de ceux qui pèsent l’impalpable, elle contraste avec
le sujet du livre où le réel s’entretisse avec la
mémoire. De purs éléments, tels que la maison et
sa glycine, fondent, éparpillent et rassemblent pour partie une
famille. Il s’agit essentiellement d’accompagner, et de la
ressaisir dans le même temps, une disparition.
« Les lèvres que j’avais
crues éternelles ne prononceraient plus mon prénom. »
Une mère,
une ouvrière de banlieue, va mourir et meurt. Mais Gérard
Noiret l’accompagne si bien qu’il la fait presque ressusciter
d’entre les lignes. Il n’y manque peut-être, vivante,
que son odeur, sous la glycine. L’ensemble tient de la littérature
en ce qu’elle offre de meilleur, quand elle traverse les apparences
et plus encore les frontières de la vie et de la mort. L’ensemble
tient, tout court, d’autant plus que la vie mise en scène
sous la lumière des mots, du cœur retenu et de l’intelligence
est, comme toujours chez Noiret, exemplaire de la fidélité
aux origines. Il y a chez lui un refus de la prétendue sublimation
d’une vie en destin, à l’instar des promesses sans
suite. La magie qui persuade sans donner de raisons n’a pas prise
sur lui. C’est pourquoi ce tombeau reste couleur de terre, fidèle
à la banlieue. Le ciel n’y a point sa part, sinon à
l’extrême pointe de la glycine.
La forme en revanche, pour n’être
pas tout, le maçonne et le cisèle. Noiret entrecroise des
sortes de phrases sans jointures, comme s’il les recueillait de
plusieurs voix, entre chien et loup, sans verser pour autant dans on ne
sait quelle poésie-trottoir. Ailleurs, de brefs et simples poèmes
en vers libres croquent des scènes d’existence où
un dizain parfois vibre telle une nouvelle de Maupassant. Des ensembles
de prose enfin se déploient sobrement, où la narration se
mêle imperceptiblement à l’introspection. « Je
voulais sauver une sorte de fossile qui, un jour, me prouverait que tout
avait bien existé. »
En écrivain accompli, que ne disperse
aucun compromis, Noiret creuse un sillon où il croise peu de confrères.
La démocratie a plus conquis l’histoire et les historiens
que les littérateurs en leurs récents ordinuscrits. Les humbles gens d’aujourd’hui
n’attendent sans doute rien. Pourtant ils mériteraient d’entrer
dans les manuels, autrement que sur les pas de Cosette, la larme à
l’œil. À mille lieues de la démagogie superbe
de Hugo, Noiret ouvre la porte à une réalité du petit
matin, des sans grade à la chicorée, de ces vies sans auréoles
que celles vite effacées. La propreté, cela ne se remarque
pas. Cette fraternité-là, qui vient de l’ombre, mérite
la lumière que les lecteurs exigeants partageront d’emblée.
Pierre Perrin, Poésie1/Vagabondages n° 24, décembre 2000
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