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’est un bref récit en forme de témoignage, mais
il sort de l’ordinaire. D’abord l’auteur, qui ne signe
pas son nom mais seulement son prénom, est la discrétion
faite femme. Elle se met à peine en scène, « toujours
gamine, cheveux nattés », jeune mère pourtant
au cœur à vif. Si elle choisit, littérairement, l’illusion
contre l’effusion, c’est qu’elle maîtrise l’art
de l’allusion. Son sujet, c’est le passé ; c’est
aussi le désir dans l’effacement de sa propre personne.
Chaque bref chapitre s’ouvre et se ferme sur une double citation
qu’elle emprunte à des amis. Celle-ci de Roger Munier semble
révéler une part de la pensée de Marie-Françoise :
« Le désir est beau comme désir sans plus.
Pourquoi ne pas s’en tenir au seul désir, sans vouloir
l’assouvir – sans non plus le nier ? Habiter le
désir, sans qu’il brûle ? » C’est
l’avis des saints, de quelque confession qu’ils soient,
laïcs inclus. D’autre part, si ce témoignage sort
de l’ordinaire, c’est par l’acuité du regard
que porte sur le monde Marie-Françoise. Elle aborde la question
du point de non-retour à partir duquel certains se retranchent.
Le tranchant de la lame se retient d’appuyer, la pensée
n’en est pas moins nette : « Dans bien peu de
temps, on ne manquera même plus à personne, l’abondance
des liens étant aussi réelle qu’illusoire ! »
Enfin, outre la discrétion et l’acuité du regard,
ce pur objet du désir rend hommage à un poète, disparu peu après la parution de son
unique recueil, l’Espace
vide en 1977. La qualité de ce récit tient ainsi
à sa force de persuasion. Tous les fils du temps se nouent en
sorte que des flots amers se lève une gerbe de rosée.
Pierre
Perrin, 24 décembre 2002
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