Marie-Françoise, Les Flots amers, Atelier du Bief, 2002

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C

’est un bref récit en forme de témoignage, mais il sort de l’ordinaire. D’abord l’auteur, qui ne signe pas son nom mais seulement son prénom, est la discrétion faite femme. Elle se met à peine en scène, « toujours gamine, cheveux nattés », jeune mère pourtant au cœur à vif. Si elle choisit, littérairement, l’illusion contre l’effusion, c’est qu’elle maîtrise l’art de l’allusion. Son sujet, c’est le passé ; c’est aussi le désir dans l’effacement de sa propre personne. Chaque bref chapitre s’ouvre et se ferme sur une double citation qu’elle emprunte à des amis. Celle-ci de Roger Munier semble révéler une part de la pensée de Marie-Françoise : « Le désir est beau comme désir sans plus. Pourquoi ne pas s’en tenir au seul désir, sans vouloir l’assouvir – sans non plus le nier ? Habiter le désir, sans qu’il brûle ? » C’est l’avis des saints, de quelque confession qu’ils soient, laïcs inclus. D’autre part, si ce témoignage sort de l’ordinaire, c’est par l’acuité du regard que porte sur le monde Marie-Françoise. Elle aborde la question du point de non-retour à partir duquel certains se retranchent. Le tranchant de la lame se retient d’appuyer, la pensée n’en est pas moins nette : « Dans bien peu de temps, on ne manquera même plus à personne, l’abondance des liens étant aussi réelle qu’illusoire ! » Enfin, outre la discrétion et l’acuité du regard, ce pur objet du désir rend hommage à un poète, disparu peu après la parution de son unique recueil, l’Espace vide en 1977. La qualité de ce récit tient ainsi à sa force de persuasion. Tous les fils du temps se nouent en sorte que des flots amers se lève une gerbe de rosée.

Pierre Perrin, 24 décembre 2002

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