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ix parties structurent cet opuscule conséquent, étiqueté récit.
Ce dernier point s’avère en adéquation avec la cinquième partie,
la femme de neige. Cette dernière en effet évoque la grand’mère
de l’auteur, à qui l’ouvrage entier offre ce « bref mémorial ». C’est sans doute sous cet angle que les questions s’ordonnent,
lumineuses. « Est-il possible que de notre propre vie nous ne soyons
que les fantômes ? » Est-il possible que notre existence se résume
à « ce projet d’exister » ? Qu’ont fait Debussy, Monet, le tchèque
Hollan, Bonnefoy et Jaccottet ? L’œuvre est-elle le sésame et la
stèle à la fois ?
La pensée de Maulpoix est toujours belle à suivre. Elle ne pèse
pas ; ses angles blessent le moins qu’il est possible. Elle exprime
pourtant des réalités pleines et entières. C’est ainsi que le poète
en lui réclame « l’impossible réparation de l’idéal brisé ». Il
consigne comme un crime « la fin de l’espoir ». La contradiction
— celle d’être à son tour choisi parmi les morts — ne lui échappe
pas. C’est peut-être pourquoi son livre s’achève, par deux fois,
sur la notion de clôture. À l’intérieur, insistance est faite sur
l’unique importance du « trajet terrestre ».
Cependant les affaires du monde, la couleur du tissu social, tout
ce qu’on voit chaque jour, l’incurie au carré, tant de missions
dont les bénéficiaires ne rapportent jamais que les frais, ne traversent
pas ce livre. « Celui qui marche sur la neige marche sur du ciel
tombé. Il traverse des pays effacés, des lointains devenus très
proches, et s’en retourne vers une enfance plus vaste que la sienne. » C’est donc une danse très pure que ce livre. « Oserais-je dire
que les poèmes sont de la langue battue en neige ? Montée en neige
pour le bonheur d’un semblant de sens. »
Notes de journal sans date, poème, célébration solitaire, rêverie,
travail au clavier sur soi, il y a de tout cela dans ce beau petit
livre. Il y a, peut-être plus haut encore, la saisissante “r’évocation”
de l’amour. (Celui-ci a valu à son auteur son meilleur recueil,
Domaine public, chez le même éditeur, en 1998.) « Non,
je ne veux plus de ton manque, ainsi s’achèvent les histoires d’amour.
[…] Elle était ce creux éperdu. Vide avide qui se remplit de paroles,
de caresses, de baisers. » Ces grandes petites pages
valent plus qu’un détour.
Pierre
Perrin, Poésie 1/Vagabondages n° 37, mars 2004
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