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Jean-Claude MARTIN, Un Ciel trop grand, Le Dé bleu éditeur, 1994.
n une centaine de proses
brèves, à raison d’une dizaine de lignes par page,
Jean-Claude Martin, qui approche discrètement la cinquantaine,
propose de faire un petit tour dans la réalité, sans trop
d’illusions. «Et, en soulevant les lignes des poèmes,
comme les lames des persiennes, n’apparaîtra qu’un ciel
tout blanc, froid comme un mur.»
Il cherche à tenir entre le désir,
qu’il ne brusque pas, voire n’effleure qu’à peine,
le regret et «la voluptueuse mélancolie des souvenirs enfuis».
Il s’agit donc d’une écriture de la vie, mieux : d’une
attitude devant la vie. La page est à l’image de ce qu’elle
donne à voir : contenue, retenue, un peu grise, non sans éclairs,
presque froids comme il convient, et cependant claire, nette, attachante
et distante à la fois.
Rien de fabriqué dans ces pages
où l’on devine un cousinage ici et là avec Godeau
que publie le même éditeur, à cette différence
près toutefois que Godeau sort davantage de lui-même en créant
en quelques lignes d’étonnants et crédibles personnages.
« La vie est un village loin,
très loin : la promenade seule importe… » La relative
tristesse qui se dégage de ces pages, venues comme d’un carnet
sans date, est sans tempérée, voire soulagée, par
un humour persistant qui suscite finalement cette sérénité
que chacun cherche. Jean-Claude Martin la trouve pour nous. Qu’on
en juge par cette évocation :
« Mère, longtemps que
je n’étais venu ! Rien n’a changé ou presque
: une peinture neuve sur la grille, des fleurs durables dans les vases ;
mais le sable de l’allée s’insinue toujours dans les
chaussures (gravité de circonstance), les nuages dans le ciel passent
sans s’arrêter (vent marin)… Mère, comment vas-tu ?
Bien sûr, tu ne répondras pas, n’as pas même
entendu ma question. Pourtant,
je te rejoins : j’ai fait tant de progrès dans l’amertume
ces derniers temps que je me sens ranci comme un fruit blet. Aurais-tu
su m’aider?… Tu t’es enfuie si vite, mère. Tout
ce temps sans te parler !... Ce soir, les phares de l’automobile
feront un trou dans les ténèbres, mais la nuit derrière
nous se fermera comme du sable. »
Pierre Perrin, La Bartavelle
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