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Gérard LE GOUIC, Les
Sentiments obscurs,
éditions Coop Breizh, 1996. [238 pages, 120 francs]
l s’agit d’un choix de poèmes qui rassemble l’essentiel
de l’œuvre poétique du poète né en Cornouaille,
près de Quimperlé, en 1936. Henri Thomas ouvre le livre
avec cinq pages, intitulées « une amitié »,
qui célèbrent l’inquiétude. Le suit une belle
préface de Le Gouic qui retrace avec bonheur sa venue à
la poésie qui, dit-il, « aide à vivre parce que,
justement, elle ne sert à rien. » Malgré une certaine indécision rythmique parfois, ainsi que le notait Thomas, les deux cents pages de poèmes serrés sont agréables à lire. Le Gouic est un poète concret, souvent terrien, qui sait restituer une odeur et même un toucher inattendu, « un corps fruitier », en restant simple et sans détour. « Le cancer du temps aujourd’hui
m’enveloppe. » L’inquiétude est là
tout entière. Où va la vie, dans « la Bretagne
des fermes où l’on se parle / sans se dire un mot »,
tandis que « les hommes sont toujours à la peine. »
L’amour est pudiquement révéré : « J’ai
vécu vingt ans avec une ouvrière. / Avait-elle un nom ?
Elle était ma mère. »
Cette simplicité qui caractérise son poème
lassera peut-être ceux qui attendent moins de sentiments et plus
d’embardées métaphysiques. Mais cette honnêteté
devant la vie, cette « écriture braille de l’univers »
mérite qu’on l’aime, comme on revient à la fraîcheur
de Cadou. Ce n’est pas souvent qu’on peut lire une aussi juste
image, parmi d’autres : « Je sens tes mains / qui déboutonnent
ma chair. » Pierre Perrin, La Bartavelle Lire la note consacrée aux Hasards de mer du même auteur |
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