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e recueil est constitué de cinq petites suites dont les deux
premières cernent et concernent des îles. Ce poète
est breton. Il fut un voisin très discret de Georges Perros dont
les Papiers collés
deviennent aujourd’hui, sous les plumes caudines des mieux informés
parmi les paparazzi des Lettres, des “livres pour écrivains”.
L’intelligence, le style et une réflexion sans borne devaient-ils
donc rester confidentiels ? Le Gouic a des lecteurs, une œuvre
accessible et il lit ses confrères, ce qui n’est pas courant.
Nos paons ne peuvent tout à la fois arpenter les tréteaux
où on soigne leur gésier et écrire au secret. Écrire
est une activité monastique ; griffonner tout au plus, entre deux
portables ! Ils publient sérieusement, en fait de travail
– ne parlons pas de création –, des interviews !
L’imposture, c’est comme la gangrène ; si on ne la
sectionne pas à temps, elle arase la corporation. L’admirable
est que des Le Gouic ne lui concèdent rien, proposent une œuvre
authentique et que cette revue en rende compte. Le vers est court, la strophe aussi. La
notation, parfois nominale, est toujours enlevée. Chaque bref ensemble
– îlot de mots mais frémissants – tend une image
ou un paradoxe, quand ce ne sont pas les deux à la fois. « On
pratique ici / le silence // à couteaux tirés ».
La poésie est dans la réunion de deux réalités
antinomiques. Par exemple, Gérard Le Gouic, en sa quatrième
séquence, convoque le « cadastre intime du pommier ».
Il parle du pommier, il parle au pommier, et bientôt voilà
que le pommier aussi prend la parole ; en fait l’arbre ici de papier
ne profère aucun mot, mais on comprend sans peine que le poète
parle à travers lui de sa condition propre. Ainsi le pommier émet-il
« sur l’étendue blanche / du silence nocturne
// le bourdonnement lancinant / de sa naissance / dans l’obsession
du veilleur ». Vers sa saison haute, à l’approche
du boutefeu de l’automne, le poème sent la pomme ; il en
prend la verdeur, puis la chute. Dans cette exploration du cadastre aussi
peu intime que possible en apparence seulement, les vraies questions fusent. Qu’espérer La deuxième séquence, traitant
des îles, évoque le souhait du collectif. Qu’écrit
Le Gouic ? « On ne concentre son espoir / que dans la
liberté des siens. » C’est bien cela, le piège,
qu’aucune politique ne veut écarter. “Son espoir, les
siens”, ce ne sont là que des cercles concentriques à
usage privé. L’égoïsme foncier, l’appétit
carnassier constituent le fond de commerce des puissants qui, en validant
des supercheries – la kyrielle des droits à sens unique,
dont le bac à l’illetré –, se mettent à
l’abri des remugles qu’ils dégagent pourtant. Qu’on
relise donc Les Animaux malades de la peste.
Pour n’offrir pas la densité, la radicalité sous le
velours du bon La Fontaine, les poèmes de Le Gouic n’en orientent
pas moins le regard vers des remarques qui caressent peu les gamineries
d’usage. C’est beaucoup que de réjouir l’âme
en lui ouvrant les yeux. Pierre Perrin, Poésie1/Vagabondages n° 29, mars 2002
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