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ix-septième livre de l’auteur de La Première Habitude
et du Petit Prince cannibale, ce récit, lourd de réflexion,
poursuit le bilan d’une vie. La soixantaine venue, Françoise
Lefèvre interroge plus que jamais son destin. Elle livre un
nouveau secret, mais sans peser. Il a trait à sa naissance
; il a trait à sa résistance innée. Elle constate, sans amertume
mais sans hésiter non plus, combien les sentiments trompent
chacun, en même temps qu’il faut bien leur faire une place
royale. Elle consigne donc le poids des minutes heureuses.
Elle marie la narration, la réflexion sur la mort et l’amour,
et enfin l’émotion. C’est ainsi que, subtilement équilibré,
ce beau récit rejoint ses meilleurs livres.
Celui-ci se place sous la double
effigie de Dhôtel et de Pascal Quignard, c’est-à-dire de l’érudition
parfaitement assimilée et de la magie. Du côté des vérités
sans détour, on retrouve le langage comme unique sésame de
la résurrection. C’est ce que les Romains savaient bien, Sénèque
en tête. On trouve également, cette formule qui associe vieillir
et écrire comme un acte dans lequel on « préfère[rait] la
compagnie des morts à celle des vivants ». Comme toute formule,
elle est vraie dans l’instant ; l’éternité la retourne. Cependant,
du côté de la magie, surgit la figure aimante, la « sentinelle
dont on oublie la relève ». Peu importe ce qui dure. La vie,
dont Françoise Lefèvre témoigne comme personne, ne réside-t-elle
pas justement dans l’impermanence de tout ?
C’est pourquoi, ainsi qu’elle le
rappelle, écrire c’est lutter. C’est prendre et perdre à la
fois tout son temps. La justesse de la voix de Françoise Lefèvre
la conduit à n’avancer rien que la femme, en elle, n’ait éprouvé,
mesuré en joie ou en détresse. Elle a parfois des cris, des
arrachements de peaux, d’ossements même, qui étonnent, mais
c’est le prix qu’elle paie pour écrire vrai. Dans ce monde
où l’artifice gagne et voit prospérer des impostures, Se
perdre avec des ombres est un bonheur. Ce livre respire
à chaque mot. C’est une répétition, en ombre portée, de l’aventure
de chacun, la marche sur le fil du destin. La gravité, n’est-elle
pas le plus sûr chemin pour nous rendre vraiment léger ?
Pierre
Perrin, Autre Sud n° 27 [décembre 2004]
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