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© Gilbert Giboudeau,
Sahel-sécheresse, 1986
[Relief peint 280 x 150]
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L’âme des racines
es dessins paysagers de Gilbert Giboudeau témoignent, s’il
en était besoin, de la parfaite maîtrise de son art. Avec
une technique innée de la composition, l’artiste dispose
sur la feuille des éléments saisis par un oeil de poète.
Le soin, la précision des détails savent ne pas nuire à
l’expression d’un mouvement qui donne vie au paysage. Le geste
est maîtrisé, dans une grande économie de moyens.
Les encres, de Chine ou sépia, lavées ou travaillées
à la plume, la mine de plomb, se prêtent à la naissance
de compositions où cohabitent avec bonheur la spontanéité
du croquis et l’unité de l’achèvement.
C’est en cela qu’apparaît
la marque du créateur. La feuille ménage souvent des « blancs »,
des oublis nécessaires à
l’essentiel. Il s’agit avant tout de figurer. Un ciel, par
un lavis vivement brossé, allège et aspire vers lui des
arbres, des clochers travaillés, en légèreté
ou en tourmente, par une plume nerveuse et précise. La forme d’un
rocher, la suggestion d’une cascade, figée dans sa fuite,
la paix de l’étalement des lacs vont bien au-delà
du désir de reproduire la nature. Une âme s’est glissée
là. Chez Gilbert Giboudeau, le réalisme donne à rêver.
Car le peintre est également poète.
Son travail ne se contente pas de saisir un fragment de la réalité.
Le dessin doit parler à celui qui regarde, comme en témoignent
les titres ensuite attribués : Les Os de la Loue, La Vigne du père... La terre est saisie par le geste du
peintre pour mieux la porter vers l’infini.
Peintre et poète franc-comtois, c’est
sa terre et ses traits caractéristiques qui ont retenu l’oeil
de Gilbert Giboudeau. Les eaux, dans les lacs, les rivières et
les cascades ; les montagnes aux formes de collines, les rochers
abrupts ou chaotiques ; une végétation massive sur
laquelle se détache l’élancement des sapins ou des
arbres centenaires, tourmentés par leur âge. Les architectures
typiques sont omniprésentes. De l’humble cabane de vacher
à l’imposante cathédrale de Dole, elles témoignent
de la richesse du patrimoine franc-comtois, signes de la vie de générations
d’hommes attachés
aux traditions religieuses et aux soins de leur terroir.
De 1952 à1972, Gilbert Giboudeau
a vécu en Afrique — Haute-Volta et Mali. De ce long séjour
en soleil et sécheresse, il rapporte une palette lumineuse, un
sens des formes plus épurées, éthiques parfois. Cette
influence transparaît déjà dans le traitement des
reliefs francs-comtois, dans l’étrange luminosité
des gouaches appliquées à nos paysages. C’est ici
l’étape qui précède une esthétique plus
irréelle, empreinte de fantastique, mais toujours révélatrice
d’une réalité mise à nu.
Le paysage est le premier degré de
son art. Il n’est souvent qu’un décor pour exprimer
une vie difficile et magnifique. Si la terre est son royaume, l’homme
l’habite et la malmène à l’image de l’hiver
sur les arbres.
Comment vivre sans racines ?
Christine-Marie LORENT et Pierre PERRIN [Préface au catalogue Giboudeau, Musée Denon,
26 nov. 1994]
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