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a fait ses études à l’École normale de Besançon
(1937-1940), puis à l’École normale supérieure
de Saint-Cloud (1941-1943) ; Sorbonne. Après avoir été
un temps professeur au collège de Dole, il est nommé à
l’École normale d’instituteurs du Mans, puis à
la faculté des Lettres de l’université du Maine (le
Mans) où il a enseigné la linguistique générale
et la sémiologie. Il a publié quelque 70 ouvrages dont L’Écriture,
mémoire des hommes, éd.
Gallimard, 1987 ; Voyages en utopie,
éd. Gallimard, 1994 ; Langage de signes ou l’écriture
et son double, éd. Gallimard,
1996 ;
« Un seul oiseau dans ma main et ma main tremble. »
Tel est l’un des aphorismes qui constituent, à
côté de comptines pour adultes et autres poèmes
de la mémoire, ce recueil de Georges Jean, né
en 1920 à Besançon. Les essais sur le roman,
la poésie, le théâtre et nombre d’anthologies
ont rendu ce professeur de linguistique à la portée
de tous presque célèbre. Il le serait sans conteste
si la pétulance télévisuelle ne tenait
lieu de compétence. Pourtant il préconise de « lire
en fermant les yeux ». Mais ce paradoxe est trop
sérieux pour les traîtres tréteaux de
grande écoute !
Le présent recueil offre une sorte de flânerie
dans l’humanité. Les mots, dit Georges Jean, consolent.
Ils ressourcent la mémoire plutôt qu’ils ne la curent.
Le poème, assure-t-il, ne se trouve qu’en l’ignorant.
On ne commande pas à l’être. Or c’est à
cette altitude-là que le poète voudrait atteindre. Il
y parvient lorsqu’il creuse le filon de certaines fortes évocations.
« Le temps nous rabote. » Qu’opposer à
un tel dégauchissage ? Le coup est d’autant plus fondamental
que le socle est pour tous pareil. Ne sommes-nous pas tous fichés
en terre, vifs ? Ne sommes-nous pas tous repris, quand la parole
justement sourd contre la parure, par « la terrible obsession
de n’être que cela » ?
Le propre de l’aphorisme, c’est l’éclair,
la jubilation précoce, si l’on préfère, comme
dans le désir demeuré désir… Georges Jean
prête aux morts celui-ci, qui est divin : « Ils
entendent le silence froisser l’espace. » Il y a là
une grandeur que les vivants peuvent conserver longtemps.
Pierre
Perrin, Poésie1/Vagabondages n° 34,
juin 2003
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