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étude critique de 214 pages est admirable et consacre son auteur
: un maître à l’égal de Georges Mounin autrefois.
Constitué de cinq parties qui se font discrètement écho,
ce livre non seulement éclaire d’une façon décisive
le poète d’Exister, dans
son cheminement d’écriture et de progression intérieure,
mais encore enrichit le lecteur au-delà de la lecture même
du poète. En effet, la technique, le travail d’écriture
de Jean Follain, est ici mise à nu dans une absolue clarté,
sans tics de langage et sans qu’un seul mot puisse être
jamais pris en défaut ; ce minimum vital n’est pas si fréquent
; mais, en outre, Jean-Yves Debreuille, grâce à l’intensité
de sa vaste lecture de la poésie contemporaine (qu’on peut
vérifier à reprendre ses précédents ouvrages,
d’Éluard à
Frénaud en passant par la somme peut-être un peu trop généreuse
qu’il a donnée avec L’École de Rochefort,
parue en 1988), atteint plus que la cible de son sujet car, à partir
d’elle et sans le quitter jamais des yeux, il rayonne : il parle
de poésie et toute la métaphysique vous emplit le cœur.
Ce qu’il dit de son poète vaut pour lui tout autant : « Il
n’invente pas, il rend visible » ; ou bien : « un
événement infime soudain crée l’accord de
l’ensemble, tout entre en symphonie, et le “silence prend
une ampleur d’orgue” ». L’écriture
du critique a atteint la maturité. Ce livre est une corne d’abondance.
Tout d’abord la composition générale
est déjà un délice. Car le livre s’ouvre
sur une mise en situation de Jean Follain. En une quarantaine de pages
d’une subtile simplicité, Jean-Yves Debreuille restitue
l’homme dans son époque, le dépouille en douceur
de sa légende, cette patine qui ternit l’exacte vérité,
en dresse un portrait tel qu’il le ressuscite – et l’on
a presque envie de toucher, en effet – avant de dévoiler,
dès la deuxième partie, « le message important
d’une écriture modeste ».
Cette deuxième partie propose (sur près de
cent pages) force poèmes, le plus souvent cités en entiers,
et quelques extraits de prose, à partir desquels Jean-Yves Debreuille
construit sans hâte, avec d’imperceptibles battements d’aigle,
ce qu’on peut appeler peut-être la poétique de Jean
Follain : quelle place, à partir du poème, il donne à
l’homme dans l’univers. « Partant du détail,
de l’anecdotique, la poésie de Jean Follain ne vise rien
moins que la totalité. Ce qu’elle entend donner à
respirer, c’est “la seule odeur nue / de la métaphysique”.
C’est pourquoi le “je” en est tellement absent ».
Et Jean-Yves Debreuille de poursuivre bientôt : « La
vertu du poème, c’est de donner à vivre ce qu’il
a d’abord donné à voir, de ne pas se borner à
dire le monde, mais de le faire vivre dans la fraîcheur et le
frémissement de la représentation neuve et cependant ordonnée
qu’il en propose. » La place de l’homme ? On
ne peut résumer ; voici pourtant une piste suivie par Jean-Yves
Debreuille : « Le monde est constitué de morts qui
se côtoient mais s’ignorent, car chaque vie s’entretient
de l’illusoire conviction de sa pérennité ».
La troisième partie de l’ouvrage
entraîne le lecteur « dans l’atelier
du poète », parce que « Jean
Follain est un poète de la maturation ».
Jean-Yves Debreuille décortique les onze états
successifs que révèlent cinq versions dactylographiées
du poème « Promeneur » paru dans
Territoires. « Follain travaille comme un
peintre, aussi longuement, aussi minutieusement, et l’objet
définitif, loin d’être le résultat
hasardeux d’un premier jet, est le miracle d’un
équilibre longuement cherché. […] Une
sensation – souvent chez Follain le choc d’un
événement – a déclenché
l’écriture ». Au terme de ces dix-huit
pages, il conclut : « Le poème, comme le
tableau, est le lieu miraculeux où se rencontrent comme
par nécessité des éléments arrachés
pour l’éternité à la contingence
de leurs trajectoires. »
Les documents ensuite, photographies d’époque,
dessins et manuscrits du poète, sans oublier la riche bio-bibliographie
qui constitue la cinquième et dernière partie, achèvent
de donner l’envie de relire Follain. C’est peu dire que
le critique a parfaitement travaillé, car son propre style est
tel – il parle par exemple de « l’aliment premier
dont la couleur est celle du suaire » – qu’on
relit bien vite cette magistrale étude, pour le plaisir. Comme
l’écrit encore Jean-Yves Debreuille : « C’est
la force du mythe de parler simultanément aux sens et à
l’intelligence, et de dire la totalité à partir
du particulier »... Dans le cercle restreint de la critique,
Jean-Yves Debreuille prend la relève des plus grands.
Pierre Perrin, revue La Bartavelle
[n° 5, octobre 1996]
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