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A

lbert FLEURY, Village vert paroles, éditions Folle Avoine, 1998.

L’orgueil doit demeurer / quand l’humilité rayonne.

Affichée, la modestie se révèle un couvercle de l’ambition ; elle reluit. Celle qu’instille avec sa voix basse, aux sourds éclats, Albert Fleury semble sourdre de l’intérieur. Ce poète, dont paraît discrètement le quatorzième recueil, mériterait davantage de lecteurs. Il accorde en effet la terre à l’être, et l’homme à la terre ; il la regarde d’un œil neuf, les sourcils haut levés, l’oreille tendue, et son poème vibre longtemps des sensations qu’il interroge en les ressuscitant.

Il y a bien ici et là quelques maladresses, chez Albert Fleury ; il écrit par exemple « la lune blottirait la nuit » ou « un vieux couteau qui chuchotait de sa lame », mais quelle âme est sans défaut ? On ne relève pas d’ordinaire les fautes d’auteurs plus reconnus. Le monde d’Albert Fleury, pour être plus étroit que celui de Jaccottet, n’en est pas moins voisin.

Ce qui s’effondre je le maintiens de mots
ayant trouvé l’étroit passage
où le tenir secret au bord des lèvres […]

Cette poésie n’a rien d’artificielle. Dénudée, elle cherche un accord, une voie qui permettent de vivre, simplement. Que ce soit dans l’ordre du regard, capable de dire une « peau verte adorée des rosées », ou dans celui de la fragile conquête intérieure (« les mots incarnent l’absence délicate), Albert Fleury, dont aucune page ne peut laisser indifférent, tant chacun de ses poèmes recèle au moins une merveille, peut être certain que sa vérité sera entendue :

Ton poème ne mène pas quelque part
mais où tu es.

PIERRE PERRIN, Poésie 1/Vagabondages n°13 — mars 1998

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