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Chantal DUPUY, La
Marche du milieu,
encres de Michèle Dadole, Voix d’encre.
e précédent ouvrage de Chantal Dupuy chez le même
éditeur était déjà richement illustré
de ces encres couleur de feu, de cendre et de nuit sans lune dont Michèle
Dadole offre la reproduction au fil des poèmes. Initiales traitait de la transmutation du souvenir.
De la mort du père semblait sourdre la recherche d’une raison
de vivre. L’énigme habitait la toile du langage que tissait,
le souffle court mais tenace et précis dans l’ambiguïté
même, Chantal Dupuy qui explore toujours plus avant la frontière
de l’impossible. La Marche du milieu, le titre l’indique d’emblée, poursuit
l’ascension, ou la fouille, mais le dernier poème qui est
aussi le plus accompli, plaide pour une sorte de transcendance.
Telle est donc la vue qui se dégage
de La Marche du milieu.
C’est sans doute à chacun de juger la pertinence de cette
œuvre en construction – non pas au prétexte que le goût
serait démocratique, mais parce que la critique a sacrifié
l’autorité qui seule la justifie à l’insignifiance
majoritaire – ; cette œuvre cependant mérite plus que
de la considération. Le souffle court dont je parlais plus haut
n’est en rien une pique, d’autant moins que si chaque bref
poème se termine par un point, c’est comme souvent chez les
lapidaires le livre entier qui fait sens. Cette brièveté
offre au reste un gage d’honnêteté. Chantal Dupuy consigne
en effet, dans un autre beau poème que la ferveur seule, en faisant
se conjoindre l’observation et l’attente, délivre la
parole poétique. On est par conséquent aux antipodes de
l’imposture de ceux qui font mousser les copeaux de leur impuissance.
Le poème de Chantal Dupuy n’a rien du passe-lacet ; il capture
l’insaisissable. Elle « passe / ouverte / sur le tranchant
du siècle ». Elle poursuit l’énigme à
l’intérieur même de celle-ci, lorsqu’elle consigne
par exemple son vœu de « confondre et démasquer
le temps ». Cependant sous « le poids délétère
du ciel » et face à « l’obscénité
du garrot », l’écriture garantit-elle quoi que
ce soit ? Homère était aveugle ; avons-nous suffisamment
médité ce symbole parvenu jusqu’à nous ?
Nezâmi ou Rûmî, sur l’autre rive, semblent établir
que l’être l’emporte sur le chant. La poésie
n’est elle-même qu’un passage – un souffle ainsi
qu’on la désigne quelquefois. Elle est une posture de vivre,
elle est au service d’un accueil de ce qui nous dépasse.
Et c’est pourquoi ceux qui se servent de la poésie au lieu
de servir la réflexion qui la fonde peuvent gesticuler : ils impressionnent
la foule preste à tourner le dos à la vie intérieure.
Ceux-là ne risquent pas de mettre le pied sur l’éternité.
Tout au contraire ce livre, qui présente « l’homme
/ en dieu périmé », aide à « discerner
le feu entre les simulacres ». Il élève l’âme,
sans renoncer à aucun fruit. Il est de ceux qui éclairent,
non seulement sans aveugler, mais très lentement, de l’intérieur
et par degré. Il mérite d’autant plus le jour qu’il
porte ce dernier à sa signification la plus haute. Pierre Perrin, Poésie1/Vagabondages n° 29, mars 2002 |
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