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Lucienne DESNOUES,
Anthologie personnelle,
Actes Sud, 1998
ue des vivants riment encore fait un peu l’effet d’un
prêtre en soutane. À la recherche de l’absolu, la nudité
n’est-elle pas de règle ? Que peut-on découvrir,
à chausser des œillères ? Les cadres sont faits
pour les natures mortes. Lucienne Desnoues entremêle, en cet ouvrage,
son respect des antiquités poétiques, qui sentent la cire,
parfois le xylophène, et une pétulance certaine qui la conduit
vers de certaines innovations. À l’aune d’un Bonnefoy,
certes, sa mesure est étroite. Elle ne l’ignore pas, à
consigner : « je quitte souvent vos raidillons subtils / Pour
mon léger sentier de biche et de lionne ». Cependant,
cet art volatil, aux fraîcheurs de sous-bois, de jardins, outre
qu’il révèle un tempérament porté au
primesaut, et qu’il libère donc des vues parfois moins courtes
qu’il n’y paraît, sait aussi constamment alléger
les gravités de l’existence. Par exemple, dès l’avant-propos,
Lucienne Denoues sait écarter, d’un seul coup de plume, le
goût que d’autres portent à « d’ésotériques
voltiges ». Dès le premier poème choisi, sa modestie
lui fait écrire :
Je perce de frêles tunnels Dans le grand Mutisme éternel Plein de cigales.
Femme, elle chante « l’amour
minutieuse » et surtout évoque la grande ombre de l’époux,
vivant puis disparu, comme il est peu courant de lire cela. La douzaine
de pages réunies sous le titre Dans l’éclair d’une
truite méritent l’attention que chacun porte aux allées
de mots fortes comme des buis.
Pierre Perrin, Poésie1/Vagabondages n°
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