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a création littéraire
se situe à cette exacte croisée des chemins.
Elle participe de la culture, c’est-à-dire de
la connaissance la plus poussée possible des œuvres
qui lui préexistent, en même temps qu’elle
modifie celle-ci par la vue propre qui meut son auteur. On
imagine que l’artiste ne regarde que l’avenir.
Pour peu qu’il considère le mur sur lequel ses
concitoyens se ruent aveuglément, il serait bien inspiré
de s’arc-bouter plutôt contre l’inconnu,
pour mieux renverser la vapeur, à commencer par une
lecture désastreuse de ce même passé.
Quand même les hommes font les sourds et les aveugles
– parmi trente-six sujets de discorde, la guerre est
toujours juste et toujours la dernière qui s’avère
indispensable –, l’artiste s’engage, fût-ce
à son corps défendant, pour esquisser une issue.
Toute œuvre digne de ce nom rééclaire le
monde et propose une façon de l’habiter. Faire
œuvre, c’est inventer de nouveaux dépassements.
La culture, l’art soulèvent l’instant,
le mettent en résonance, et restent des instruments
de liberté. Au contraire, le nihilisme qui s’accommode
de la célébration des Baudruches, la transgression
pour tout sésame créent une nouvelle aliénation.
Un art qui n’instaure pas la liberté appelle
des matons, pas des livres en fête, encore moins des
lecteurs enthousiastes. Mais il ne sert à rien de trépigner.
La culture est, de toutes ces propositions le plus souvent
discrètes, voire cachées, l'ensemble de celles
qui, par-delà le plaisir esthétique qu’elles
procurent, restent vivaces. Quelques exemples suffiront pour
se convaincre de cet esprit d’indépendance qui
anime l’artiste et justifie son œuvre[
].
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