La création littéraire, la culture (deuxième partie, extrait)

Les pages critiques de Pierre Perrin, cliquer ici

L

a création littéraire se situe à cette exacte croisée des chemins. Elle participe de la culture, c’est-à-dire de la connaissance la plus poussée possible des œuvres qui lui préexistent, en même temps qu’elle modifie celle-ci par la vue propre qui meut son auteur. On imagine que l’artiste ne regarde que l’avenir. Pour peu qu’il considère le mur sur lequel ses concitoyens se ruent aveuglément, il serait bien inspiré de s’arc-bouter plutôt contre l’inconnu, pour mieux renverser la vapeur, à commencer par une lecture désastreuse de ce même passé. Quand même les hommes font les sourds et les aveugles – parmi trente-six sujets de discorde, la guerre est toujours juste et toujours la dernière qui s’avère indispensable –, l’artiste s’engage, fût-ce à son corps défendant, pour esquisser une issue. Toute œuvre digne de ce nom rééclaire le monde et propose une façon de l’habiter. Faire œuvre, c’est inventer de nouveaux dépassements. La culture, l’art soulèvent l’instant, le mettent en résonance, et restent des instruments de liberté. Au contraire, le nihilisme qui s’accommode de la célébration des Baudruches, la transgression pour tout sésame créent une nouvelle aliénation. Un art qui n’instaure pas la liberté appelle des matons, pas des livres en fête, encore moins des lecteurs enthousiastes. Mais il ne sert à rien de trépigner. La culture est, de toutes ces propositions le plus souvent discrètes, voire cachées, l'ensemble de celles qui, par-delà le plaisir esthétique qu’elles procurent, restent vivaces. Quelques exemples suffiront pour se convaincre de cet esprit d’indépendance qui anime l’artiste et justifie son œuvre[…].

[Lire un troisième extrait]

Pour revenir à la page précédente