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laude Louis-Combet, Le Recours au mythe, éditions Corti.
L’auteur
mêle ici l’autobiographie et l’essai. Des pages de récit
relatent l’enfance, l’adolescence et les années de
formation. Deux femmes enflamment et écrasent l’imaginaire
de l’enfant ; la grand’mère, à qui il attribue
force qualités, par des superstitions ; sa propre mère,
par l’exercice de ce qu’il appelle le péché.
Cette dernière portait, à Lyon, les jupes les plus courtes
de l’année 1944, écrit-il. Une sœur monte rarement
au fil des pages, à l’exception du cœur du livre qui
chante un instant d’un chant aussi beau que celui de Blesse,
ronce noire [Corti, 1995]. C’est néanmoins
la mère qui reste convoitée. Puis défilent des présences
de prêtres, enfin celle d’un professeur de philosophie à
Lyon, qui demeure telle une embellie au ciel de ces années noires
par quelque côté qu’on les prenne. Rousseau n’est
pas loin ; l’émotion sans larme a droit de cité ;
la poésie, telle une mèche dans la lampe, plus d’une
fois lève les pages qui brasillent. Si la première des six
parties qui divisent ce livre exige une importante adaptation du lecteur,
à cause d’une hésitation de l’auteur devant
le choix de la première ou de la troisième personne, l’effort
concédé est vite comblé, le ravissement, au cœur
du livre, absolu pour la trentaine de pages qui ressuscitent le temps
et les lieux de la prime enfance. L’avant-dernière partie
est, au contraire, décevante ; elle s’égare en des
redites ; ce ne serait pas un crime, si l’alcool métaphorique
dans le même temps ne perdait plusieurs degrés. L’essentiel
est cependant ailleurs.
Cette œuvre, qui se substitue à la prière par
la faute de la foi perdue, sacralise l’expérience intérieure.
Elle magnifie la clôture, l’écoute du silence et la
prolifération du secret. L’autiste, tout à ses mots
tus, devient intarissable, tandis que le déni d’audience
hautainement affiché s’avère un préalable.
C’est en effet une séduction sans retour que le texte veut
exercer sur le lecteur. Celui qui se détourne est perdu pour l’auteur
; mais celui qui s’engage d’un œil, d’un ravissement
bientôt, enfin par tout le corps, est perdu pour toujours. La reddition
sans condition est le mobile de cette œuvre, qui encourage le martyre.
Claude Louis-Combet l’écrit : « Il y a eu
nécessité pour moi de porter à son plus haut degré
possible d’expression culturelle, et donc universelle, tout un héritage
d’acceptation de la souffrance, de passivité devant le destin,
de retirement de la vie, de culte parfaitement intériorisé
de la vie culturelle. » En d’autres termes, il ne s’agit
pas de changer la vie. Toute métamorphose réduite à
la métastase, la mort, dont il parle peu, s’avère
une bénédiction. Son idéal est de l’ordre des
catacombes. […]. Ceux qui veulent rester lucides, par-delà
la beauté de la langue aux consonances souvent classiques, garderont
la distance du témoignage. Ils liront comment ont mal vécu
des ancêtres plus ou moins proches que le péché a
terrorisés et fascinés à la fois. Alors s’exercera
pleinement la dilection. Car cet anachorète en écriture
conjoint l’évidence et le secret, le mystère ébloui
et l’illumination de la ténèbre intérieure
; il entretisse le vécu à figure de mythe, le savoir immémorial
et l’oubli toujours plus fécond. De l’abîme de
toute voix, il fait entendre la voix de l’abîme. Cependant
le lecteur suprême qu’attend Claude Louis-Combet, c’est
Dieu lui-même, tellement le creux laissé par son absence,
à chaque page, attend d’être comblé : « J’écris
pour toi. Afin que tu sois. »
Pierre Perrin, Autre Sud, n° 5 – Juin
1999.
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