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René de CECCATTY, L’Éloignement, roman (éditions Gallimard).
’Éloignement fonctionne à la façon d’un cœur.
La page, le paragraphe, la phrase, la proposition quelquefois suggèrent
la systole et la diastole où s’échangeraient la tendresse
et la lucidité. L’effroi, le calme se succèdent, quand
ils ne s’interpénètrent pas. L’anecdote est
toujours épurée, voire sublimée. Les descriptions
– aucune facilité, encore moins d’exotisme –
s’effacent ; seules demeurent les sensations essentielles. Le secret,
porté à la discrétion du lecteur, l’est à
la faveur de traits, autant d’évidences. L’agilité
sous les doigts se fait grave et la gravité saute des murailles
vers « les délices douloureuses de l’équivoque ». Les personnages, absents qui hantent le
narrateur, ou bien l’accompagnent quelques heures en Amérique
du Sud et, par les miroirs sans tain de la mémoire, à Rome
existent fortement. À un instant le « lecteur volage »
se surprend lui-même aux côtés de Florence. Que cherche
la jeune femme auprès de l’écrivain ? Ce ressort
caché, parmi d’autres, allège la quête d’une
solitude enfin habitée, sans jamais perdre de vue l’impossible.
Il ajoute au plaisir de lecture que la langue élève à
l’image de ces rues « bordées d’acacias
soyeux comme des draperies funèbres ». Si l’image ne fait pas le style, elle
lui confère une profondeur supplémentaire. Celui-ci enchanterait
un danseur-étoile. Il tient à ce mouvement, orchestré
de main de maître, qui éclate et se recompose un peu partout.
Il assure la légèreté des eaux noires et, entre deux
sourires, il place une veilleuse dans la bouche des morts. « Je
ne sais pas calculer ces profondeurs-là, mais je sais que je descends,
que je quitte la terre sans pour autant m’élever : il faut
donc que je creuse. Me voici parmi les ombres, puisque les corps n’ont
pas voulu de moi. » À la mesure de cette perspective,
René de Ceccatty s’avère un passeur. L’Éloignement participe en effet d’une maïeutique.
À la croisée des existences, au cœur du roman, la solitude
lève une lumière où, sans plus craindre les tavelures,
l’énergie circule amplement des reins vers l’âme.
Bien que sans nom, cette dernière libère ou du moins découvre
davantage l’être. Elle donne à discerner non plus l’égoïsme
d’un manque mais l’autre en plénitude. Mieux que les
petits spasmes couleur de suaire, elle permettrait presque de se quitter
soi-même et de se retrouver. Telle est une des dimensions, le don, de
ce bel Éloignement où René de Ceccatty s’efface non pour resplendir,
ce qu’il fait aussi, mais pour entrouvrir, sous nos yeux, l’indicible. Pierre Perrin, La Nouvelle revue française n° 554, juin 2000 |
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