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ichel BRAUDEAU,
La Non-Personne,
[col. l’un et l’autre] Gallimard.
Sous-titré “une enquête”
qui court une centaine de pages, c’est un nouveau récit que
Michel Braudeau publie après Pérou. Mais tandis que ce dernier participait
du roman d’éducation, La Non-Personne aborde à une traversée des
apparences, à une Atlantide intérieure. Habile à
tenir en haleine son lecteur, Braudeau donne à savourer les péripéties
qui ne manquent pas d’émailler son enquête. Ses personnages,
pour partager ses tribulations, révèlent leur vie propre.
L’un, qui a tout de Pizarre et donc de la colonisation du Nouveau
Monde au XVIe siècle, ressuscite presque sous sa plume. Ainsi les
voyages entrelacent le temps et l’espace, deux continents et quatre
siècles. L’ensemble idéalement réaliste atteint
à une profondeur telle qu’on accède par degrés
à la vérité presque définitive du narrateur.
L’enquête subvertit les règles
du genre. Elle offre son fil d’or au récit, elle ménage
des coups de théâtre indispensables. Elle se montre par éclairs
à l’envers et à l’endroit. Braudeau installe
d’abord le calme qui précède le bing bang de la conscience.
Il offre une châsse au doute. Il rappelle aussitôt que « nous
sommes vite leurrés, le rêve triche avec nous ».
Ainsi s’ouvre l’enquête comme une tenaille. D’inévitables
contractions s’ensuivent. On brûle, on boude. On joue beaucoup.
Le prix de ces pages culmine à l’expression de la double
vue, aux confidences mi-rieuses, mi-graves où Braudeau est passé
maître.
Il va d’ailleurs plus loin sans peine.
Avec La Non-Personne en effet, c’est à la mise en évidence des poupées
gigognes de l’absence qu’il s’emploie. Le résultat
c’est, au-delà de ce récit passionnant, une réflexion
à double détente. Un secret peut-être personnel, tel
que le livrerait cette sentence : « Ce qu’un fils
ne pardonne pas à sa mère le tue. » Et aussi
tendu à flanc d’abîme, à la discrétion
du lecteur, le retournement tel que l’enquête elle-même
invite à le faire pour son propre compte. Si nous partions chacun
à la recherche de ce qui, pour être imprimé en creux
dans notre être, nous manque, jusqu’où remonterions-nous ?
Est-ce que l’au-delà de la naissance n’est peut-être
pas la mort ?
L’important, c’est en tout cas
de mener l’enquête. Or – et cette dimension est glissée
au cœur du récit – c’est un des sens de la quête
d’Ulysse dont le nom fut aussi Personne. C’est ainsi que ce bref ouvrage
offre plus qu’une parabole. Il renouvelle, en l’incarnant
à notre époque et en stigmatisant l’irrationnel, le
mythe de la conscience humaine. Le tour de force est ainsi de faire entendre
au sens propre un sésame adulte et donc raisonnable. La Non-Personne
existe, pour longtemps. La signature de Braudeau fait plus que l’attester.
Elle ouvre un nouveau siècle. Et le secret accède à
la lumière.
Pierre Perrin, Le Nouveau Recueil, n° 57, décembre 2001.
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