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uy Bellay, Les
Charpentières
(le dé bleu).
Ce
recueil anthologique reprend les quatre ouvrages qu’a publiés
Guy Bellay. Nantais, né en 1932, il fut l’ami de Georges
Mounin. L’émotion a été, pour tous deux, le
moteur de la poésie. « Ce n’est pas écrire
qui est désespérant, c’est le vide entre deux émotions. »
Quelques-unes atteignent à la rondeur du poing et touchent au cur.
D’autres s’étiolent en chemin. La raison tient sans
doute à la puissance du verbe mis en uvre. Guy Bellay est
un économe. La cathédrale n’est pas son ambition.
Pourtant il ne s’interdit pas toujours les longues phrases. Et l’économie
trahit parfois une réflexion un peu courte. Miser sur l’élection
d’un président de la république « pour
que nul ne revienne jamais plus en arrière » laisse
pantois. L’histoire est l’uvre des hommes ; elle
réserve à la na•veté ses verrous.
La poésie de même est sans appel. Elle est
pareille aux icebergs. Le verbe tire sa force de la profondeur de la
pensée qui le sous-tend. La vision du monde d’un auteur, c’est cela.
Guy Bellay, dans le sillage de Mounin, admirait Char. L’auteur de Fureur
et mystère ne s’égale pas aisément. Convictions, vaticinations,
caresses de pythies, faits de guerre, chez lui, sonnent le glas ou la
victoire. De même que le glas ne concerne que les vivants, c’est ces
derniers que Char dévisage. Guy Bellay reste intime. Mounin adorait
cette expression. Il a convoqué souvent sous sa plume cette notion de
« journal intime d’une génération ». La poésie peut-elle s’en
contenter, c’est toute la question.
La critique exige de livrer le résultat
de sa lecture. L’exactitude est devenu un crime de lèse-différence.
Mais la critique, à se résigner à l’hypocrisie,
a tout à perdre. L’éloge ne se conçoit bien
sans l’ombre qui l’abrite. J’ai naguère aimé
le poème de Bellay : l’amoureuse. « Aussi mystérieuse
en sa blancheur qu’une bête en son pelage, elle attend l’effrayant
plaisir. La douceur de ses seins ne la protège plus. »
Cette deuxième phrase pourrait être de Char. « Pour
qu’il ne regarde que ses yeux, elle les fait radieux, suppliant
qu’elle ne soit pas une vision tenue à bout de hanches. //
Elle a tant fait pour être présente et que le malheur soit
combléÉ Elle se renverse dans son double comme une pelletée
de terre dans un fossé. » à une telle image,
j’achoppe, je ne peux pas adhérer. Le plaisir, à ma
connaissance, échappe à une telle approche. « La
ville peut refermer son dos sur eux. Elle sortira par les guichets du
petit matin, la peau à vif couverte jusqu’au menton. »
La distance tient au regard porté
sur la femme. Assimilée à une bête, la femme pêche
par toute l’attitude qui lui est prêtée (défiance, supplication,
martyre). L’expérience qui a suscité ce poème
est sans doute véridique. Mais elle semble si éloignée qu’elle
ne se partage pas facilement. Il reste que cette distance imposée
par les années n’enlève rien à l’authenticité
de Guy Bellay. L’honnêteté de l’artisan n’est
pas en cause. Il y a dans ce recueil une découverte de l’existence,
un rapport au père, à la mère, à l’enfant
qui satisfont certainement de jeunes lecteurs. C’est du reste pourquoi
je témoigne de la publication de ce volume, en laissant à
chacun le soin de former sa propre opinion.
Pierre Perrin, Poésie
1/Vagabondages
n°
35 juin 2003
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