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UTRE SUD n° 9 : Marie-Claire BANCQUART, éd. Autres Temps.

Des inédits, un entretien et trois brèves études de l’œuvre de Marie-Claire Bancquart ouvrent le numéro de juin d’Autre Sud. En offrant le premier quart de son espace à un invité de choix, la revue marseillaise ne laisse personne indifférent. Elle établit sur la distance un panorama de la poésie. Que Marie-Claire Bancquart y trouve sa place d’emblée réjouit le lecteur. Les dix pages d’inédits prolongent le dernier titre du poète, La Paix saignée, chez Obsidiane. Il s’agit toujours d’exorciser la mort et dans le même temps de célébrer la vie. Considérant une pomme, sous son couteau, Marie-Claire Bancquart écrit : « Tu manges sa mort. » Le poète au laconisme fécond avise un peu plus loin sa chatte qui frotte son nez contre le sien et ajoute : « Ta chance / Moïse même ne l’eut pas, avec son Dieu à lui. » Une telle plongée dans le mythe drosse la solitude. L’homme est sevré de tout contact qui le dépasse. Encore peut-on se demander si une chatte reçoit autant qu’elle donne, quand même l’animal existe aux yeux de Marie-Claire Bancquart, à la différence de la société qui légitime les zoos et autres camps pour vaches et poulets. Qu’est-ce qu’un écrivain, sinon le nerf optique d’une conscience ? Il donne à voir et à partager ce qui le fait réagir. La poésie de Marie-Claire Bancquart sait tendre de la soie sur des épines et panser des plaies, l’espace d’un souffle. Elle s’avère protéiforme, à presser une cécité visionnaire, à rendre un peu plus avant la lumière de l’absence. C’est peu dire que ces dix pages suscitent l’envie du livre à venir.

Georges-Emmanuel Clancier, l’auteur du Pain noir et du Paysan céleste, salue chez sa cadette « une ardente rigueur ». Il va plus loin, il cite Aude Préta de Beaufort qui fut l’élève de Marie-Claire Bancquart. Les études de la jeune essayiste sur la poésie s’avèrent toutes remarquables. Il y a là un talent et le geste de la main, de l’aîné, sème proprement l’admiration. Dominique Sorrente relève en sa lecture que le poète « ne cède pas au solipsisme du langage » ; au contraire, « chaque poème propose un nœud et une résolution ». Pierre Brunel enfin, le maître d’œuvre du Dictionnaire des mythes littéraires aux éditions du Rocher, démêle l’écheveau d’une possible confiance dans la parole même du poète.

Dans l’entretien, Marie-Claire Bancquart affirme par deux fois une idée proche de celle de Jacques Julliard qu’a publiée L’Infini n° 69 [printemps 2000]. La littérature qui se donne seulement pour littérature est une canaillerie. Le lieu valait la chandelle, et d’être ici rapporté. Elle explique aussi comment la critique participe de la tapisserie qu’est une œuvre ; il faut considérer le motif et l’envers de tout. Elle rappelle comment, enfant, la maladie la travaillait de l’intérieur et lui faisait voir le monde allongée. Elle indique ses deux intercesseurs en poésie, Michaux et Frénaud, et combien leur langue est « violente, voire rugueuse, pour exprimer une quête ontologique ». Elle déplore enfin non certes la chute des incarnations idéologiques, Hitler, Staline, mais la dilution des fanatismes, les aveuglements enchevêtrés à la faveur desquels s’installe « une forme d’agonie généralisée ». Les réponses ne visent pas à la recherche de certitudes, il va de soi, mais à des approximations. Et cette justesse de vue ajoute au plaisir de l’ensemble.

La suite de ce beau numéro est détaillée dans “la revue des revues”, un peu plus loin.

Pierre Perrin, note restée inédite