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Michel BAGLIN, Entre les
lignes, La Table ronde
oilà un petit livre parmi les plus charmants. Le titre déjà
faufile son mystère. À l’évidence, le double
sens fait se croiser le destin et la couleur de l’encre. La mémoire
ouvre l’avenir. Non seulement ce titre, aérien autant que
terrestre, condense le départ et l’arrivée, mais l’ouvrage
entier participe pleinement de la métaphysique, car les livres
comme les trains proposent « de longs saluts aux sédentaires ».
Ces derniers, que nous croyons incarner, partent aussi. La différence
est que ceux qui conduisent les machines, un jour, ne reviennent plus.
Les livres sont nos voies que d’autres empruntent par moments –
nul ne sait jamais où ni jusqu’à quand. L’obsolescence
est tout notre avenir.
C’est toutefois un des charmes de ce
livre de modeste dimension que de ne pas peser. Non pas que Michel Baglin
cultive trop modérément la mélancolie, mais il tempère
jusqu’à sa foi dans ce qu’il appelle « ses
petites écritures ». Cette modestie foncière
est une garantie d’honnêteté. On en prendra d’autant
plus la mesure que le poète des Mains nues [l’Âge d’homme, prix Max-Pol
Fouchet 1988] et de l’Obscur Vertige des vivants [le Dé bleu, 1994] ne propose rien
moins que de revisiter sa jeunesse. Mais le pas est vif ; l’auteur
ne se berce d’aucun passéisme ; au contraire, les anecdotes
rapportées sont aussitôt transcendées. Ainsi celle,
très belle, de la « place sous la neige »
illustre-t-elle à ses propres yeux un « improbable Graal
du voyage immobile ».
C’est ainsi que le fruit de l’expérience,
sous le couvert d’un bref tournage dans le wagon des premières
classes, témoigne d’une très ancienne et toujours
vivace acuité sur la nature humaine. Voilà un petit livre
propre, net, et qui remplit le lecteur d’un sentiment peu fréquent :
la gratitude.
Pierre Perrin,
Autre Sud n°
19, décembre 2002
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